L'artiste Coline Pratviel avec le tableau intitulé "Puissance" une montagne en noir et blanc réalisée à l'encre de chine sur le thème de la puissance intrinsèque

Pourquoi j'ai choisi de retirer la couleur de mes paysages

"On me demande parfois pourquoi mes dessins sont en noir et blanc.

Pourquoi ne pas représenter le bleu du ciel, le vert des forêts, la lumière dorée d'un coucher de soleil ? 

Après tout, la montagne est festival de couleurs.

Alors pourquoi les faire disparaitre ? 

La réponse n'est pas technique. 

Elle est presque une manière de regarder le monde." 

 

Lorsque je suis en montagne, je ne me souviens presque jamais des couleurs. 

Je me souviens d'une lumière.

D'une ligne qui découpe le ciel.

D'une arête qui apparaît dans le brouillard. 

D'un contraste entre une face éclairée et une autre plongée dans l'ombre. 

Avec le temps, je me suis rendue compte que ce qui me touchiat n'était pas la couleur.

C'était la structure. 

 

La couleur attire immédiatement le regard. 

Elle raconte une saison.

Une heure.

Une météo. 

Elle est magnifique.

Mais elle est aussi très bavarde. 

Parfois même trop. 

Le noir et blanc au contraire, laisse davantage de place au silence.

Il oblige à regarder autrement.

À ralentir. 

À observer la montagne pour ce qu'elle est, avec ce qu'elle montre.

 

En retirant la couleur,  je n'ai jamais eu l'impression de retirer quelque chose. 

J'ai plutôt eu le sentiment de révéler l'essentiel.

Les lignes.

Les masses.

Les respirations.

Le vide.

Les contrastes. 

Tout ce qui fait tenir une montagne debout.

 

Le noir et blanc possède une qualité que j'aime profondément.

Il ne cherche pas à séduire.

Il ne cherche pas à impressionner.

Il propose simplement de regarder.

Et c'est une grande différence. 

Dans un monde où tout cherche à attirer notre attention, j'aime l'idée qu'un dessin puisse, au contraire, nous inviter à ralentir.

 

Je crois aussi que le noir et blanc laisse davantage de place à celui qui le regarde

Une couleur impose souvent une émotion.

Le noir et blanc la suggère. 

Il ouvre un espace.

Il permet à chacun d'y projeter ses propres souvenirs.

Une randonnée. 

Une ascension. 

Une marche en famille.

Ou simplement cette sensation de respirer un peu plus profondément. 

 

Il m'arrive parfois de regarder une montagne sans imaginer le dessin que j'en ferai. 

Je regarde simplement.

Je laisse le paysage prendre sa place.

Et je crois que c'est exactement ce que j'essaie ensuite de retrouver sur le papier.

Non pas la montagne. 

Mais le temps que j'ai passé devant elle. 

 

Finalement, je ne retire pas la couleur parce qu'elle serait inutile. 

Je la retire parce qu'elle n'est pas ce que je cherche.

Ce que je cherche, c'est cette ligne qui tient un sommet.

Cette lumière qui révèle un relief.

ce silence que l'on ressent lorsque plus rien ne semble avoir besoin d'être ajouté.

C'est peut être cela, au fond, que je dessine. 

Pas des montagnes.

Une manière de les regarder. 

Back to blog

Leave a comment