On imagine parfois qu'un dessin commence au moment où le pinceau touche le papier.
Ce n'est pas vraiment le cas.
Avant le premier trait, il y a toujours autre chose.
Une image qui revient.
Une montagne observée quelques jours plus tôt.
Une lumière particulière.
Une ligne de crête qui m'est restée en tête.
Parfois même une sensation difficile à expliquer.
Et puis il y a le papier blanc.
Celui qui attend tranquillement sur la table pendant que moi, je réfléchis encore.
C'est probablement la partie de mon travail que l'on voit le moins. Pourtant, elle occupe une place essentielle dans ma manière de dessiner la montagne à l'encre de chine.
Parce qu'avant de faire un trait, il faut d'abord apprendre à regarder.
Mon atelier ne commence pas toujours par dessiner
Il m'arrive de m'installer devant mon bureau avec l'intention très précise de travailler.
Et de ne rien faire.
Enfin... rien faire en apparence.
Je regarde des photographies prises lors d'une randonnée. Je retrouve des images d'un sommet. Je cherche une silhouette. Je compare plusieurs points de vue.
Et surtout, j'essaie de comprendre ce qui m'attire dans cette montagne.
Est-ce sa forme ?
Sa masse ?
Une arête ?
La manière dont la lumière découpe une pente ?
Un espace presque vide entre deux sommets ?
Une impression que j'ai ressentie sur place ?
Parce qu'une photographie peut montrer énormément de choses.
Mais je ne cherche pas à tout reproduire.
Au contraire.
Je dois choisir.
Qu'est-ce que je regarde ?
Qu'est-ce que je supprime ?
Qu'est-ce qui est suffisamment important pour mériter un trait ?
Et qu'est-ce qui peut simplement disparaître ?
C'est probablement l'une des parties les plus importantes de mon travail.
Dessiner, pour moi c'est aussi apprendre à renoncer.
Le papier blanc est déjà une première décision
Quand je pose une feuille devant moi, tout est encore possible.
Et c'est à la fois agréable et légèrement intimidant.
Parce qu'une feuille blanche ne demande rien.
Elle ne donne aucun indice.
Elle attend.
Alors je regarde encore.
Je prépare mon encre de chine. Je choisis mon pinceau, ma plume... Je vérifie la quantité d'encre.
Je procrastine quoi.
Et puis, je sais qu'à partir du premier trait, quelque chose va changer.
L'encre de chine ne permet pas de revenir en arrière.
On peut accepter un tait.
Le prolonger.
Le faire dialoguer avec un autre.
Mais on ne peut pas simplement l'effacer comme s'il n'avait jamais existé.
C'est ce qui me plait dans cette technique.
Elle oblige à être présente.
A décider.
A accepter aussi.
Je ne cherche pas à contrôler complètement le geste
C'est probablement paradoxal : je passe beaucoup de temps à observer une montagne avant de la dessiner, mais une fois le pinceau posé sur le papier, je ne cherche pas à tout contrôler.
Le geste doit rester vivant.
La pression change.
la quantité d'encre change.
Le pinceau peut presque sécher.
Un trait peut être dense à un endroit et beaucoup plus léger quelques centimètres plus loin.
Parfois, quelque chose fonctionne immédiatement.
Parfois absolument pas.
Et parfois, un trait que je pensais raté devient finalement intéressant.
C'est là que l'encre de chine devient plus qu'un simple outil.
Elle apporte une part d'imprévisible.
Et cette part d'imprévisible m'intéresse énormément..
Parce que la montagne elle-même n'est jamais parfaitement maîtrisable.
La lumière change.
Les nuages arrivent.
Une brume masque une partie du paysage.
Une montagne que l'on connaît semble soudain différente.
Pourquoi chercherais-je alors à produire une image parfaitement figée ?
La montagne n'est jamais seulement une montagne
Quand je dessine un sommet, je ne cherche pas uniquement à représenter sa forme.
Je cherche ce qu'il provoque.
Une sensation de calme.
De puissance.
De distance.
Parfois de vertige.
Parfois simplement une impression d'espace.
C'est aussi pour cette raison que mes paysages sont en noir et blanc.
En retirant la couleur, je peux me concentrer sur autre chose : les lignes, les masses, les contrastes, la lumière.
Le regard n'est plus attiré par le vert d'une forêt ou le bleu d'un ciel.
Il peut rester plus longtemps sur la structure du paysage.
Sur ce qui est là.
Et sur ce qui ne n'est pas.
Le blanc du papier devient alors aussi important que l'encre.
Il y a beaucoup de silence dans mon atelier
Je crois que c'est ce que je préfère.
Le silence.
Pas forcément le silence absolu.
Je dessine beaucoup avec de la musique.
Une tasse de café posée à coté du papier.
Le bruit d'un pinceau que l'on repose.
Mais il y a surtout cette sensation d'être un peu en dehors du temps.
Pendant quelques heures, je n'ai pas besoin d'aller plus vite.
Je n'ai pas besoin de produire davantage.
Je dois simplement regarder et avancer trait après trait.
C'est assez rare dans nos vies pour être précieux.
Et finalement, cela rejoint exactement ce que je cherche à transmettre à travers mes oeuvres.
Une forme de ralentissement.
Un espace où le regard peut se poser.
Un peu de silence sur un mur.
Il y a aussi les dessins qui ne fonctionnent pas
J'aimerais pouvoir dire que chaque dessin commencé dans mon atelier devient une oeuvre.
Ce serait faux.
Certains ne fonctionnent pas.
une montagne paraît trop lourde.
Un trait est trop présent.
Une composition manque d'équilibre.
Quelque chose sonne faux sans que je sache immédiatement expliquer pourquoi.
Alors je recommence.
Ou je laisse le dessin de côté.
Il m'arrive de le regarder plusieurs jours plus tard et de comprendre ce qui me gênait.
Il m'arrive aussi de ne jamais le comprendre.
Et ce n'est pas grave.
L'atelier est aussi l'endroit où l'on apprend.
Pas seulement celui où l'on produit.
Chaque dessin apporte quelque chose au suivant.
Une erreur.
Une découverte.
Une nouvelle manière de poser le pinceau.
Un façon différente de représenter une pente.
Une idée que je n'aurai pas eue autrement.
Je dessine beaucoup moins vite que je ne le pensais
C'est probablement l'une des choses que l'on comprends le moins lorsque l'on regarde une oeuvre terminée.
Un dessin peut sembler simple.
Quelques lignes.
Du noir.
Du blanc.
Beaucoup d'espace.
Et pourtant, cette simplicité peut demander énormément de temps.
Parce que simplifier ne signifie pas faire moins.
Cela signifie choisir.
Chaque élément supprimé doit l'être pour une raison.
Chaque trait conservé doit avoir sa place.
C'est particulièrement vrai lorsque je représente une montagne.
Je pourrais remplir le papier de détails.
Mais ce n'est pas ce que je cherche.
Je préfère parfois quelques lignes suffisamment justes à une multitude de détails qui racontent moins.
Mon atelier est aussi un endroit où je doute
Il y a les moments où tout semble évident.
Et puis ceux où je regarde mon dessin en me demandant : "Pourquoi est-ce que j'ai fait ça ?"
Cela fait partie du travail.
Créer ne signifie pas avoir constamment la certitude d'être sur la bonne voie.
Il faut parfois continuer malgré le doute.
Et parfois savoir s'arrêter.
C'est une chose que j'apprends encore.
Ne pas chercher à corriger immédiatement.
Ne pas ajouter un trait simplement parce que le papier semble trop vide.
Ne pas avoir peur du blanc.
Ne pas confondre simplicité et inachevé.
Finalement, l'atelier m'apprend autant à enlever qu'à ajouter.
Et puis, un jour le dessin est terminé
Il y a un moment assez particulier.
Je pose le pinceau
Je recule.
Je regarde.
Et je sais que je ne dois plus toucher au tableau.
C'est parfois très clair.
Parfois beaucoup moins.
Mais il faut savoir s'arrêter.
Parce qu'un dessin peut aussi être abîmé par un geste de trop.
Une montagne peut perdre sa respiration parce qu'on a voulu lui ajouter quelque chose.
Alors je laisse parfois le dessin reposer.
Je reviens le regarder plus tard.
Et seulement après, je sais s'il est vraiment terminé.
De l'atelier à vos murs
Une fois le dessin terminé, son histoire ne s'arrête pas là.
Il quitte mon atelier pour devenir un tirage d'art.
Je travaille avec des impressions fine art afin de conserver au mieux les nuances et la matière visuelle de l'original.
Le choix du papier fait lui aussi partie de cette démarche.
J'utilise notamment du papier Hahnemühle German Etching 310g, dont la texture accompagne particulièrement bien l'encre et les nuances de noir.
Parce qu'un tirage n'est pas simplement une image imprimée.
C'est la manière dont le dessin va continuer à exister ailleurs.
Sur un mur.
Dans une maison.
Dans un bureau.
Dans un intérieur où quelqu'un pourra peut-être le regarder tous les jours sans jamais le voir exactement de la même manière.
Et c'est quelque chose que j'aime beaucoup.
Une oeuvre quitte mon regard pour rencontrer celui de quelqu'un d'autre.
Finalement, une journée dans mon atelier commence bien avant le premier trait
Elle commence dans la montagne.
Dans une observation.
Dans un souvenir.
Dans une photographie.
Dans une lumière.
Elle continue devant une feuille blanche, avec quelques hésitations et beaucoup de regards.
Puis vient le geste.
L'encre.
Le noir.
Le blanc.
Les erreurs parfois.
Les surprises souvent.
Et enfin cette décision difficile : s'arrêter.
Je crois que c'est pour cela que je ne considère jamais mes dessins comme de simples représentations de montagnes.
Ils sont le résultat d'un temps passé à regarder.
A sélectionner.
A simplifier.
A interpréter.
Et finalement, à essayer de retenir quelque chose d'un paysage qui, lui, ne restera jamais exactement le même.
C'est peut-être cela que je cherche lorsque je dessine.
Pas à capturer complètement la montagne.
Mais à garder une trace de la manière dont je l'ai regardée.
Et vous, que regarderiez-vous en premier ?
Une ligne de crête ?
Une vallée ?
Une masse noire ?
Ou peut-être simplement le blanc autour de la montagne ?
C'est aussi pour cela que j'aime le noir et blanc : chacun peut y projeter son propre regard.
Découvrez les tirages d'art de mes paysages de montagne à l'encre de Chine et laissez entrer un peu de la montagne dans votre intérieur.
